
Piers Faccini défie les horizons. Le chanteur anglo-italien, installé dans les montagneuses Cévennes, puise aussi bien dans le blues du Mississipi que les rythmes maliens. Avec sa folk aux accents universels et intemporels, le voyageur fait aujourd'hui escale sur une île dont certaines mélodies lui sont également chères.
Tu t'es entouré du bassiste de Ben Harper et du batteur de Jack Johnson sur Tearing Sky. Tu as aussi beaucoup joué avec Ben Harper. Selon toi, ta musique s'apparente-t-elle à la leur ?
Piers Faccini : Je ne pense pas que ma musique soit similaire, je reste très influencé par la country et le blues américains. Mon métissage musical est différent de celui de Ben Harper ou Jack Johnson. Nous sommes devenus très bons amis, Ben Harper et moi, il m'a beaucoup aidé dans ma carrière.
On ne peut s'empêcher d'être pris d'une forme de mélancolie en écoutant tes albums. Te considères-tu comme un artiste mélancolique?
P.F : Les gens ont souvent tendance à confondre lenteur et mélancolie. Bien sûr, c'est un sentiment, une couleur importante en musique. Mais je ne crois pas que tous mes morceaux soient empreints de mélancolie. Par exemple, Tribe est très rythmique.
A ce sujet, les percussions et les rythmes africains sont très présents dans tes albums. Qu'est-ce qui t'attire dans la culture africaine ?
P.F : La musique africaine fait partie de moi depuis plus de vingt ans déjà. Elle m'a tout de suite marqué. J'adore les artistes maliens comme Ali Farka Touré, j'ai aussi fait la première partie d'Amadou et Mariam. Pour revenir à Tribe, c'est une chanson un peu ovni. On pense être au beau milieu du Sahara, et soudainement, on se retrouve dans un club de Boston.
Ce n'est pas un hasard si deux des albums qu'on a le plus écouté ces derniers mois sont My Wilderness, et Chamber Music de Ballaké Cissoko et Vincent Ségal. Tu as déjà fait de nombreux concerts avec Vincent. Peut-on imaginer une tournée Cissoko-Ségal-Faccini à l'avenir ?
P.F : Oui bien sûr, j'aimerais beaucoup ! L'année dernière, nous avons organisé un concert improvisé avec Ballaké. J'ai aussi fait beaucoup de duos avec Vincent. C'est un plaisir de jouer avec eux, on se connaît très bien. D'ailleurs, c'est moi qui ai présenté Ballaké à Vincent. C'est ma petite fierté ! (rires)
Si tu ne devais choisir qu'un seul album ayant marqué ta vie, ce serait lequel ?
P.F : Plus jeune, je traînais souvent dans les magasins de disques à la recherche de vinyles. Mon premier a été Today ! de Skip James. L'effet qu'il a produit sur moi a été tellement fort que j'ai radicalement changé de voie musicale. Jusque-là, j'écoutais principalement des groupes anglais comme The Smiths ou The Clash. J'ai vendu ma guitare électrique et je me suis mis à écouter Skip James en boucle.
Quel parallèle, s'il y en a un, ferais-tu entre ton travail "plastique", photo et peinture, et ton travail musical ?
P.F : L'aspect visuel et la musique sont pour moi deux faces d'une même pièce. Je dirais que la source est similaire, mais qu'elle passe par des filtres différents. En fait, je n'y pense même pas lorsque je travaille. Mon message passe par l'un ou l'autre de ces filtres de façon naturelle.
Après quatre albums, quel est ton regard sur ta carrière ? Fais-tu partie des éternels insatisfaits ?
P.F : Quand je conçois un album, j'essaye de donner le meilleur de moi-même. Il faut que je me dise : « Ca y est, peut-être que cet album n'est pas parfait, mais j'ai fait mon maximum ». Ce serait malhonnête de sortir un album quand on sait que l'on n'est pas allé au bout des choses. J'assume tous mes albums, avec leurs failles.
C'est une question qu'on pose souvent aux artistes "de l'extérieur", mais pour ceux qui ont l'oreille baladeuse : connais-tu la (les) musique(s) réunionnaise(s), ou du moins quel écho en as-tu ?
P.F : Je suis un fan absolu d'Alain Peters depuis une vingtaine d'années. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui m'ont incité à venir à La Réunion. Alain Peters m'a réellement influencé. Dès la première écoute, je me suis senti en phase avec ce métissage musical, ce croisement de routes. Sa musique m'est très chère.
Entretien : Gaëlle Guillou
Photo : Alice Dison
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